Entretiens avecdeux jeunes de l’association Germe d’une Afrique Verte (GERAVE), Yawo LATE-NOAMESI et son copain Lolo Kodzo AHONSU, président exécutif, venus en moto depuis Kpalimé (120 km), pour nous rencontrer après avoir entendu parler de notre projet. Ils ont 28 ans, sont diplômés (BTS en télécom pour l’un, master en géographie, inscrit en doctorat pour l’autre). En collaboration avec une équipe de trois filles et quatre garçons, ils cultivent des pépinières de teck, d’hévéa… et vendent les plants. Lorsque nous leur disons qu’à nos yeux ils sont des entrepreneurs, ils réagissent par la négative! Nous creusons la question et comprenons que pour eux un entrepreneur est quelqu’un qui vit de son business, ce qui n’est pas encore leur cas. Leur vision est de posséder du terrain et de planter des arbres qu’ils pourront exploiter par la suite. Ils élèvent des poulets bicyclettes (race africaine très résistante, qui vit dans la nature), possible sans investissement. Ils sont conscients qu’une affaire ne peut pas rapporter tout de suite, et qu’il faut prendre des initiatives si l’on veut créer de la richesse. Manifestement ils attendaient quelque chose de nous sans que nous réussissions à savoir quoi. Leur attente est peut-être financière.
Eric GBOFU, autodidacte en informatique, mis en contact avec Ferdinand par son beau-frère Auguste, qui lui a fait découvrir l’informatique grâce à l’association Carrefour Tiers Monde (CTM). Depuis la classe de 4e, Eric a fréquenté le centre cyber de l’association et est devenu développeur d’applications pour mobiles. Il a écrit un manuel pour documenter en français le FrameworkCodename one. A son compte depuis plus de onze ans, il travaille essentiellement sur Internet pour vendre ces prestations et sous-traiter les parties de la programmation (présentation, lectures de textes…). Ses clients ignorent qu’il est Africain, dit-il. Son objectif est d’avoir une équipe de développeurs d’ici 2 à 3 ans. Il projette la publication d’un nouveau manuel. Eric parle de l’existence d’incubateurs à Accra (Ghana) et au Sénégal, mais n’a jamais attendu parler d’un tel projet au Togo.
Jean BAKPESSI, ancien secrétaire général de l’université, à la retraite depuis plus de 20 ans, et sa femme Lucie. Jean a créé un institut de formation (Institut monseigneur Bakpessi à Kara, 400 km de Lomé), qui délivre des BTS en gestion pour documentalistes et archivistes. Il a commencé avec cinq étudiants et en a aujourd’hui plus d’une centaine qui trouvent des débouchés dans les assurances, l’administration et la vente. Jean prépare une formation pour ingénieurs agronomes. Il a besoin de 100 ordinateurs pour son institut. Il a fait partie des organes dirigeants de la Maison de l’Entrepreneuriat de Lomé. Il signale que Cap Togo, ONG d’origine belge créée par M. Besançon, peut obtenir des facilités pour importer le matériel. Dans nos échanges, Jean et sa femme, ont exprimé leur sentiment sur l’Afrique en général, le Togo en particulier : « Dieu nous a trop gâté, tout est trop facile ici en Afrique » (Lucie). « Le togolais n’aime pas lire. La propriété foncière est problématique au Togo; on ne sait pas bien à qui appartient la terre. » (Jean) « Dans l’esprit togolais, ce qui est à moi et à moi, mais ce qui est à nous n’est pas à moi » (Jean).